L’ulcère de jambe est une plaie chronique qui touche environ 1 personne sur 100 dans les pays occidentaux (1,2). En moyenne, un ulcère de jambe met 210 jours à cicatriser (3), et son taux de récidive reste élevé sans prise en charge adaptée. Pour les professionnels de santé il représente une réalité quotidienne qui engage directement la qualité de vie du patient et la pertinence du protocole de soins.
Qu’est-ce qu’un ulcère de jambe ?
Un ulcère de jambe est une perte de substance cutanée chronique siégeant au niveau du membre inférieur, liée à une altération de la circulation sanguine — veineuse, artérielle ou les deux. Par définition, il s’agit d’une plaie qui ne cicatrise pas spontanément dans un délai de quatre à six semaines, et dont la guérison nécessite une prise en charge médicale active et coordonnée.
On distingue trois formes principales, dont la fréquence respective guide d’emblée l’orientation diagnostique :
- Ulcère de jambe veineux : cause majoritaire, représentant environ 70 % des cas4. Il résulte d’une insuffisance veineuse chronique avec hyperpression veineuse.
- Ulcère de jambe artériel : représente 10 à 15 % des cas4. Il est la conséquence d’une ischémie chronique par artériopathie oblitérante des membres inférieurs (AOMI).
- Ulcère de jambe mixte : représente environ 15 % des cas4. Il associe une composante veineuse et une composante artérielle, rendant sa prise en charge particulièrement complexe.
Cette répartition ne doit pas faire oublier que l’aspect clinique peut parfois être trompeur, notamment chez le patient âgé, diabétique ou polyvasculaire. Un bilan vasculaire rigoureux reste indispensable pour tout ulcère de jambe, quelle que soit la présentation initiale.
L’ulcère de jambe veineux
L’ulcère veineux est la complication la plus grave de l’insuffisance veineuse chronique. En cas de dysfonctionnement valvulaire ou d’obstruction veineuse, le sang stagne dans les veines des membres inférieurs et génère une hyperpression veineuse chronique. Cette hyperpression entraîne une fuite de liquide et de protéines vers les tissus péri-veineux, provoquant un œdème, des modifications trophiques cutanées (dermite ocre, lipodermatosclérose) et, à terme, une ulcération.
L’ulcère de jambe veineux siège le plus souvent en région péri-malléolaire, notamment au niveau de la malléole interne. La plaie est généralement superficielle, à bords irréguliers, avec un fond fibrineux ou bourgeonnant et un exsudat souvent abondant. La douleur est variable, souvent modérée, majorée en position déclive et soulagée par la surélévation du membre. L’ulcère veineux constitue le stade C6 dans la classification CEAP (Clinique, Etiologique, Anatomique, Physiopathologique) de la maladie veineuse chronique. Des signes d’insuffisance veineuse sont fréquemment associés, comme des varices (C2), un œdème (C3), une dermite ocre, une atrophie blanche ou une lipodermatosclérose (C4).
La prise en charge de cet ulcère de jambe repose en priorité sur la compression veineuse, qui constitue le traitement de référence pour corriger l’hyperpression veineuse. Les systèmes de bandage multitype, associant élasticité et rigidité, permettent d’atteindre une pression thérapeutique adaptée et de favoriser la cicatrisation. Avant toute mise en place d’une compression, la mesure de l’IPS (Indice de Pression Systolique) est indispensable pour éliminer une composante artérielle associée (la compression forte n’est possible qu’à partir d’un IPS > 0,8).
Les gestes endovasculaires permettent également de traiter les varices et de corriger l’insuffisance veineuse.
Les principaux facteurs de risque de l’ulcère de jambe veineux sont les antécédents veineux, le sexe féminin, l’immobilité, l’obésité, les grossesses multiples et l’âge avancé.
Pour approfondir la prise en charge thérapeutique de l’ulcère veineux, consultez notre article dédié : Traitement de l’ulcère de jambe veineux.